mardi 22 juillet 2008

L'absence (3)


Un seul être vous manque, dit-on, mais cet être c'est je l'absence à soi-même. L'autre, les rencontres ne sont-elles que l'image protéiforme de soi, ne parle-t-on qu'à soi ? Dans ce désert, il y a ma solitude, et tous mes oasis. A cause de ce que je crois discerner d’un homme que j’aperçois pour la première fois, je pourrais lui dédier ma lettre d’amour, l’écrire pour lui. Mais bien sûr je cède ainsi à une illusion et cet autre fantasmé n’existe que par moi, à cause de mon désir. Je n’ai pas la prétention de connaître les gens dès le premier coup d’œil, même si j’en éprouve parfois la sensation, grâce à cette machine sentimentale, bien huilée je le jure, mon empathie.
« Ah la première gorgée, hein.
- Ah oui, c’est vrai ce que tu dis c’est complètement vrai. »
Pourquoi cherche-t-on si souvent à s’identifier, je dirais même à communier ? Pour ne plus être seul, on se cherche avec frénésie d’autres soi-même. On fait d’ailleurs des grand’ messes pour tomber tous d’accord, des bouquins, des émissions de télé. Je je je, une sorte d’ego universel, tentaculaire. Unique, comme la pensée du même nom. Regarde-moi, regardez-moi. Désirez-moi. Et cherchant à provoquer le désir du plus grand nombre, le média, qui est la somme, ou plutôt l’infecte bouillie de ceux qui l’animent, devient l’organe autorisé du grand consensus mou, de la fausse provocation, de l’ironie facile, bref, du lieu commun. Oui, le poste de télé est l’avatar domestique d’un énorme Phallus en quête d’un maximum de trous du cul.
« Moi je ne suis pas d’accord.
- Euh alors rendez-vous dans cette case-là, elle est prisée, celle-là, elle vous plaira.
- Laquelle, ah oui. Bon d’accord. »
Aussi indécente et abjecte que cette foire des désirs puisse paraître, nous sommes nombreux à chercher la convergence des regards, le désir d’autrui. Il ne faut pas s’en étonner. Le pire serait de s’en moquer. J’aime beaucoup l’infanterie, les pieds paquets, tout ça, mais l’humour à l’évidence repose sur un non-dit, une connivence et donc, assez souvent, justement sur la pensée unique, celle qu’on n’a pas besoin de formuler. Non, je ne crois pas que tout soit « dépeuplé » lorsque tu n’es pas là, puisque c’est moi qui me délite, me déchire, me découpe… Est-ce que je meurs, est-ce le monde qui s’efface ?
Mon désir créé l’autre, le sien me construit.

8 commentaires:

L'Elephant a dit…

et en même temps, cette imposition du "je" ne peut elle pas être considérée comme le don de soi à l'autre? "Je me donne à toi par les moyens de communication connus, j'attends que tu te donnes à moi..."

Di Brazza a dit…

Pour ma part JE,NOUS: ça me laisse sur les rotules.

amications cuissedemouches
dB

Anonyme a dit…

j'aime moi
Tus nous
il doute
nous pourtant
Si ami
Si nous
Vous riez
Vous rirez moins quand vous serez les derniers.

Nicolaï a dit…

De toute façon il paraît que "je est un autre"... Alors....

Anonyme a dit…

Décidément, c'est une épidémie !Christiane

jane a dit…

Bon ca suffit ces je nous tu il, alors, on tourne en rond, merde, on tourne en rond.
Et pendant ce temps le ouam cuve d'hier une soirée trop arrosée ou il a encore fait le con.(a défaut d'en avoir un).
Finissons en.

Anonyme a dit…

pour ouam et jane
" Nous avons tous deux vies :
La véritable est celle que nous avons rêvée pendant l'enfance,
Et que nous continuons à rêver, adultes, sur fond de brume ;
La fausse, qui est celle que nous vivons dans la vie partagée avec d'autres,
celle dans laquelle on finit par nous mettre dans un cercueil.
Dans l'autre il n'y a pas de cercueil, pas de mort.
Il n'y a que des illustrations de l'enfance :
De grands livres colorés, pour voir, pas pour lire ;
De grandes pages de couleurs pour s'en souvenir plus tard..."
Pessoa
mes grandes pages de couleur...elles sont rouge sang...Donc il me faut une troisième vie, celle de l'écriture.
Bises à vous deux. Christiane

Noire Sigisbée a dit…

Je suis avec toi, tous les jours. Je crois que tu le sais. Il faut maintenant qu'on se rencontre, une fois pour toute, qu'est-ce que tu en dis. Comme dit Jane, finissons-en. Il est temps.