mardi 27 mai 2008

Je n'ai pas lu Gracq

La déchirure, l’idée de la déchirure me vient au hasard d’une lecture, ou plutôt d’une non-lecture. Au départ, rien ne me gonfle davantage que les lectures obligatoires. Quoi, tu n’as pas lu Ellroy ? Ben non. En fait, si, j’en ai lu un ou deux, en catimini et c’est pas mal. Toi, me dit-on, il faut que tu lises Bukowski. Un de ces quatre, promis, j’achèterai un Bukowski, mais ce sera quand on aura cessé de me gonfler avec. Et puis le pire des conseils que l’on puisse me donner, c’est de lire un auteur qui vient de mourir. Julien Gracq. La littérature à l’estomac. Me restera un mystère. Ce monsieur a méprisé le Goncourt, cela lui donne une valeur à mes yeux. Il pensait en revanche qu’il n’y avait de lecteur digne de lui qu’armé d’un couteau. A l’ancienne, pour découper une à une les pages. Une exigence de l’auteur auprès de son éditeur. Mais moi, un couteau, même un grand, je ne trouve pas que cela soit une grande idée. Je suis bien tranquille, installé sous ma couette, incommodé mais de façon passagère par l’odeur persistante de brûlé que le minidou (vanille je crois) ne combat plus. D’un geste brusque qui se veut pourtant assuré, précis, assumant l’héritage des millions de lecteurs du passé qui ne se sont jamais plaints de ce petit travail manuel préalable, je... déchire le livre. Plusieurs pages. Eventrée La Littérature à l’estomac. Avec d’abord de la désolation, un peu de frustration, c’est forcé, je reste interdit devant le dessin de ces déchirures. Cette vision d’un livre abîmé me provoque un haut-le-cœur. Je reprends mon souffle. Et puis après tout qu’il aille se faire foutre, le Gracq. Donner un couteau à son lecteur, n’est-ce pas courir le risque de l’autodafé ? Je l’avoue, ma rage, ma joie, m’ont alors inspiré un crime et une vengeance et je jure bien d’en avoir eu le cœur prompt.

18 commentaires:

l'Elephant a dit…

"Donner un couteau à son lecteur, n’est-ce pas courir le risque de l’autodafé ?" - Formidable, merci pour ce joyau. De mon côté, je pense que donner un couteau à son lecteur, c'est lui permettre de décortiquer l'auteur jusqu'aux os et d'en extraire l'essence, non?

di Brazza a dit…

Il se trouve que moi aussi de mon côté les quelques livres que j'ai eu à "déflorer au couteau" (opération courante sur les femmes dites "collées" à Djibouti il n'y a pas si longtemps que ça) en sont ressortis dans un état lamentable. Et puis, vraiment, cette opération là me rappelle trop ce que je viens de citer plus haut entre parenthèse.
Je préfère ouvrir les portes , même celle de Julien Gracq avec une bonne vieille clef. Ou mieux : enfoncer les portes ouvertes. ça fait du courant d'air. Quelquefois on en manque, d'air, en littérature.
Et le commtunapaluça comme le ilfaulireçabsolumment : ça ne me court même pas sur le haricot : ça y fait de la luge.
On lit ce qu'on lit quand on le lit où on le lit. Mais c'est vrai que quelquefois quelqu'un vous pose un livre dans la main et c'est un oiseau qui s'y pose. Exemple tout dernier quand ma copine m'a offert "trois chevaux" d'Erri de Luca! Et j'attends avec impatience après demain car elle doit m'en passer un autre : Montedidio.
A part ça, un écrivain qui passe son tant à lire : c'est quand qu'il écrit. C'est quand qu'il setient autre chose qu'un stylo entre ses doigts? Là je viens de dire une bêtise. Because y en a beaucoup qui arrivent hélas à écrire en tenant autre chose dans la main gauche et c'est bien la pire des choses qui puisse arriver en littérature.
amications armeblanches
dB
nota : le IV du chochotte blues est sorti des presses this morning.

Gary Cooper a dit…

Ils sont fatiguants ces auteurs !! Des exigences vis à vis du lecteur ? Et pis quoi encore ! Heureusement qu'on fait encore ce que l'on veut. Lire, pas lire, piocher ça et là, commencer par la fin, interpréter, s'identifier à fond les manettes ou au contraire rester très très à distance. En parler, acheter, se prèter, les ranger sans jamais les ouvrir, juste parce qu'on a trouvé la couverture jolie, ou les rerererelire jusqu'à qu'ils tombent en morceaux. Liberté (aussi) pour les lecteurs ! Et surtout, ne jamais jamais rencontrer un auteur. Et si jamais ça arrive, ne jamais jamais lui dire qu'on l'a lu. Et si par bêtise, vous avez enfreint ces règles minimales de bon sens, reste plus qu'à le saouler à la bière, ... ;-)

Gary Gue a dit…

Et ne pas courrir non plus avec un couteau (ou des ciseaux) !

Lovedreamer a dit…

Et une verveine pour Gary qui n'a pas complètement tort sur les exigences d'auteurs.
Je déteste les "il faut lire", les "il faut" dans leur ensemble. Il faut lire ce que tu veux et encore si t'as envie de lire.

PS : Si je comprends bien, dans ton lit ça sent un peu la crème vanille, brulée sur le dessus ;)

Lovedreamer a dit…

Et une verveine pour Gary qui n'a pas complètement tort sur les exigences d'auteurs.
Je déteste les "il faut lire", les "il faut" dans leur ensemble. Il faut lire ce que tu veux et encore si t'as envie de lire.

PS : Si je comprends bien, dans ton lit ça sent un peu la crème vanille, brulée sur le dessus ;)

Gary thme a dit…

Et une pilule pour LoveDreamer qui radote (si jeune ...) ;-)

Rassures toi, une petite démence, c'est pas si mal. Tu auras l'impression de faire de nouvelles rencontres tous les jours, et le monde sera de + en + surprenant.

Ouam-Chotte a dit…

@l'elephant : Je reviens de l'exposition "Our body" à la Sucrière à Lyon. Une expo de corps véritables, momifiés grâce aux techniques les plus modernes. Ecorchés, découpés en rondelles, cisaillés...
Alors, tu comprends comment je peux entendre ta remarque :)

Mais tu as raison, on peut interpréter la présence du couteau de différentes manières. Peut-être le lecteur a-t-il parfois besoin de se défendre contre un livre ?

@gary : ouais j'aime bien la bière et alors ?

@di brazza : hé hé enfoncer les portes ouvertes, ça, je connais !
Du reste on m'a souvent conseillé de lire Proust et... "on" avait tellement raison !

@love : et euh... hum... je ne voudrais pas être lourd, là, mais... Tu aimes la crème brûlée ? ;)

jane a dit…

et quid du il faut écrire, a qui d'abord?
Quand on ne sait pas à qui on dépose, ce n'est pas étonnant de souhaiter que ce qui vient d'etre lu soir détruit.

Gary Alto a dit…

La relation écrivain - lecteur est quand même (un peu) un jeu de dupes. Pour écrire, (je suppose que) l'écrivain a besoin d'un interlocuteur, plus ou moins fantasmé, et le lecteur se construit au fur et à mesure de sa lecture(en ce qui me concerne) une image de l'écrivain. C'est un peu comme si les deux se cherchaient dans l'obscurité, sans jamais réellement se croiser. Je ne pense pas que l'on rencontre vraiment un auteur lorsque l'on lit un livre. Par contre, on se découvre parfois soi-même. Si quelqu'un peut être décortiqué, c'est le lecteur.

Anonyme a dit…

Mon dieu!
Encore une couette qui sent le minidou!!!J'ai déjà lu ça quelque part ;-)
Souleiman

jane a dit…

eh dis donc t'as vu garibalidou dès qu'on essaye d'écrire des commentaires un tantinnet serieux c'est les autres qui dérapent.
C'est quoi cette histoire de minidou vanille sur toutes vos couettes les gars, m'enfin...J'veux pas voir le mal partout mais les métaphores à coup d'assouplissant...

j a dit…

au fait ouam t'inquietes moi non j'ai pas lu

Gary vage a dit…

T'as raison, Jane, la justice n'est pas de ce monde. L'accusation de futilité à peine tombée, nous avons essayé de faire des efforts, de faire intelligents. Et patatra, c'est le reste des commentaires qui part en quenouilles. Et que j'te propose de te visiter l'intérieur, et accessoirement de t'extraire l'essence. Et que j'te parle de défloraison, d'enfoncer, de p'tit zozio dans la main, et d'autre chose à tenir entre les doigts qu'un stylo. Et que j'te discute innocemment des saveurs comparées des houses de couettes, comme s'il y avait 100000 situations d'une grande banalité où l'on pouvait se retrouver à bouffer l'oreiller. Sans faire dans le délire interprétatitif, on s'dit qui a tout d'même du lourd. Moi j'te l'dis, y's passe des choses. C'est peut être même le printemps.

Ouam-Chotte a dit…

Ce qui se passe, c'est que Gary est déjà au boulot à 8 h 47, voilà ce qui se passe.

Gary Banbelle a dit…

Mais c'est la France qui se lève tôt, Môsieur ! au boulot depuis 8H00 !

Plus sérieusement, c'est encore une preuve de l'injustice du monde. Comment se peut-il qu'il y ait encore quelqu'un à Lyon pour envisager que je puisse être opérationnel avant 11H00 ?

Lovedreamer a dit…

Enfin moi, ce que j'en dis c'est que parfois j'aime la crème brulée mais ça dépend surtout de la marque ou du cuisinier qui la prépare :)

Mr Vage vous extrapolez un chouïa, non ?

Gary Taline a dit…

Exagérer un chouïa ? Môa ? c'est mon fond de commerce, avec la mauvaise foi !