vendredi 2 mai 2008

Tu me fuis

Plus doux que moi, tu ne te rends pas compte. Moi qui ne suis capable de rien. Petit retour introspectif. Catharsis écrite ici sans gant. Petit gars crotté sur le bord d’un trottoir humant la vie des autres, j’étais déjà seul et unique. Unique. Je cherchais. Cherchais. Des yeux. Je tâtonnais alentour. Un homme. Je n’ai jamais fait que cela. Chercher un homme. La main amie, le souffle amène, la peau molle et tiède, la chair ferme et délicieuse comme un beefsteak le vendredi. Je portais mon père jusqu’aux gogues, je portais tant de gens. J’étais alors adolescent, je restais vautré devant une télévision couleur ou bien rougissant d’excitation et de honte devant un minitel super pink, je désire les garçons à tel point qu’il faut que je me soulage et, ensuite, je ne les désire plus, est-ce que je suis pédé ? Mon père est mort d’un cancer, il dysfonctionnait de jour en jour, je le veillais toute la journée. Il appelait, j'étais le seul à pouvoir le porter jusqu'aux double vécés. Je peux porter les hommes et les femmes qui aiment à se tenir droits. Pour aller aux chiottes, hein, parce que, au final, marcher. Nous barbotons dans notre propre fange, que laisse-t-on derrière soit, quelle trace ? Les humains n’abandonnent derrière eux, comme sortant du cul d’un canard mécanique du sieur Vaucanson, que leurs excréments. Ils en lâchent même tellement qu’ils se font rattraper, très vite ils marchent dedans. Rousseau a écrit que les français n’aimaient pas manger, parce que sinon ils ne mettraient pas si longtemps à préparer des mets qu’ils avalent aussi vite. Il pourrait y avoir une autre hypothèse. Peut-être qu’un français c’est assez débile pour croire qu’un mille-feuilles de foie gras au pain d’épice avec des pommes caramélisé, accompagné d’un Sauternes cuivré, un Château d’Yquem aller, il ne peut en ressortir, au bout du bout, que de l’or ? Une question de point de vue, à tout le moins. L’image est audacieuse, mais c’est ce que je voudrais être pour ceux que j’aime : ce délice, cette douceur et même, soyons fou, ce raffinement. Plus doux que moi. Après le baccalauréat, j’ai été incapable d’obtenir le moindre diplôme, j’ai des goûts de chiotte alors je ne peux même pas faire ma pédale spécialiste en décoration d’intérieure, en faits je ne sais rien faire de mes dix doigts si ce n’est tenir un stylo et autres objets oblongs. Je lis un peu plus que la moyenne, ce n’est pas bien dur, j’écris tous les jours et ça c’est dur. Je constate ma propre vacuité, rien n’existe en deçà de notre rencontre. Attention, à force de lister mes insuffisances, dans les secondes qui viennent je vais être au fond du trou. Je suis seul, le monde est vide. Je sors ma lanterne. Je cherche un homme.

6 commentaires:

saddict a dit…

en effet.... on est pas sortie de l'auberge?

comme dirais Céline Dion (une autre grande iconne gay-friendly): "mais comment font ces autres a qui tout résussi? je l'imagine habitant mon décor... s'il suffisait d'aimer, je ferais de ce monde un rêve eternelle blablablabla..."

MAIS OUI COMMENT FONT LES AUTRES??? les pacsés, qu'elle est le secret des couples?

La lovedreamer émue a dit…

"j’ai des goûts de chiotte alors je ne peux même pas faire ma pédale spécialiste en décoration d’intérieure"
: j'aurais pu l'écrire, ça, excellent.
Je trouve ce texte particulièrement émouvant, tu es seul, ça n'y change rien mais je te comprends...

jane a dit…

eh ben moi aussi mon poteau je trouve ce texte tres emouvant, celui d'avant aussi d'ailleurs. C'est doux, drole, méchant...

Ouam-Chotte a dit…

@saddict : Céline quoi ?

@love et jane : merci !

j a dit…

celine fion..

Shaggoo a dit…

Il est fort en vie, ce billet.