jeudi 6 mars 2008

The pillow book (1)

J’ai dans les reins de cinglantes impatiences avant de me rendre à ce rendez-vous. Le jeune blogger qui m’avait, par sa plume, tellement impressionné, jusqu’à me réveiller une colère qui ne s’apaisa, ensuite, que sous les coups de langue avides de jmlepoil, doit me retrouver dans un cani où il a ses habitudes. Rien à faire, plus l’heure de notre rencontre approche, plus j’éprouve comme une réserve. J’ai quinze ans de plus que lui, je suis assez bien placé pour savoir qu’à 20 ans, comment dire sans froisser… bon, ben on n’a que 20 ans et souvent à cet âge on croit à plein de clichés, on s’en contente un peu trop, on voudrait jouir de son reflet d’enfant maudit du rock n’roll en crachant sur les vitrines des commerçants bourgeois capitalistes, en pissant sur les clochards ou les distributeurs de billets de banque, on se complait dans l’incorrection parce qu’on n’a aucune idée de ce que c’est que la vraie subversion, on se marginalise en groupe, on se réfugie dans les postures qui nous séduisent, et cela me fait penser… peut-être que c’est bandant un journaliste « cultureux de la Croix-Rousse » ? En outre j’ai lu et relu son blog et je me rends compte que je me suis un tantinet emballé. Du talent, de la fougue, du culot, oui, du génie, peut-être pas. Je sais pour l’expérimenter souvent combien il est possible d’écrire ici ou là de belles pages, pertinentes et stylées – ou à peu près. Bien entendu, cela peut demander parfois beaucoup d’application, une chasse impitoyable aux lieux communs, aux contresens ou aux métaphores trop clinquantes et les mots peuvent aussi s’imposer, s’agencer soudain par la grâce de je ne sais quelle inspiration interne. Mais écrire un roman, par exemple, avec cette cohérence propre aux longs récits, voilà qui devient plus compliqué. Je ne suis pas sur la trace de Jean Genet, il ne faut pas s’énerver.

Je dois à la vérité d’ajouter que le môme n’est plus tout à fait un enfant et c’est d'ailleurs la raison qui me pousse aujourd’hui à accepter de le voir. Les photos de lui, accrochées sur son site, montrent un jeune homme racé, à la chevelure lyrique et dont les traits me semblent doux. Et il y a cette icône, son buste, étêté, photographié jusqu’au pubis lors d’une soirée (très) alcoolisée. J’allais écrire qu’il est nu, ce qui aurait peut-être suffit à éveiller mon intérêt, mais surtout il est barbouillé de cent mots, tracés sur sa peau, au marqueur, par ses amis. Depuis que j’ai vu cette image, je fantasme un poème, dont je n’arrive même pas à former le premier mot, un long poème lentement écrit sur sa chair et l’idée me fait triquer comme jamais. Peu à peu, cependant, assis à l'attendre en sirotant une pinte de Carlsberg super froide, je ne sais pas pourquoi, j'ai l'intérieur qui se remet en place et mon cervelet, qui virait tout à l'heure à la simple évocation de notre rendez-vous, pour l'instant, me laisse tranquille.

7 commentaires:

Querelle a dit…

Je considère plus l'écriture comme une éjac, ou à défaut un jet de pisse. Si on corrige, si ça ne sort pas d'un coup, les dés sont pipés. Tu ne crois pas ? En tout cas, j'espère que ce rendez-vous dépassera tes espérances et sera l'occasion de lire ici de belles pages :)

Ouam-Chotte a dit…

@Querelle je te trouve bien radical. Même si ce blog s'intitule Premier Jet je dois dire que je ne m'interdit rien, par exemple à la relecture d'une phrase écrite en décembre, si je la trouve faiblarde, je ne vais pas me gêner pour la biffer ou la changer. Rien de sacré dans mon écriture, si ce n'est l'inlassable recherche de la bonne phrase, d'un rythme, d'un mot et, finalement, d'une... pensée ? Ou plutôt d'un désir. Alors peut-être ainsi les dés sont-ils pipés, comme tu dis : mais j'écris un roman et je triche, je mens, je contourne, je trahis sans vergogne ce que le témoin (à mon procès) voudrait appeler la vérité.
Je pense qu'il me faudra à l'avenir développer ma réflexion sur ce sujet, dans ce blog ou je m'essaie à un genre d'autofiction, c'est à dire ou je raconte ma vie, d'accord, mais pas tout à fait quand-même.

@Querelle (bis) Je suis souvent impatient de te lire.

Querelle a dit…

Oui je suis quelqu'un de radical en tout :) je vois ce que tu veux dire, je le conçois, mais pour moi, si l'on retouche, l'acte d'écrire devient une sorte de "travail" et j'aime pas cette idée ; c'est une façon de faire que je ne partage pas, comme de l'orfévrie : la recherche de la phrase parfaite par exemple. J'admire car je ne sais pas faire. Roman ou pas (j'en ai écrit 8 dont 3 disparus), ça revient au même, il me semble puisqu'il s'agit de l'acte d'écrire avant toute chose. Bien sur, il y'a toujours des choses qui se retouchent et qui sont hors cadres : les fautes d'orthographe et plus rarement la syntaxe. Les rares fois où j'ai retouché, pour travailler mes textes, je l'ai regretté. Comme la perte de la qualité d'un matériaux brut, comme si l'on me mettait du maquillage. Et puis, je trouve que retoucher, c'est concéder à l'autre, au lecteur. Ce premier (et dernier) jet n'est pas incompatible avec la vérité : il peut être un pur mensonge (ce qu'on est en droit d'attendre d'une fiction voire parfois d'une auto fiction).

En tout cas, c'est très intéressant de te lire , je passe tous les jours voir si il y'a quelque chose de nouveau chez toi. Ton "premier" jet m'intrigue.

En plus, pour ne rien gâter, c'est bien : tu réponds à une question que j'allais te poser, sur justement la nature de ton blog roman :)

Au prochain post, monsieur de Lyonnais :)

correspondance ligne a a dit…

attention faites une petite place à jane mi reelle mi fiction, ou est la limite? je joue le jeu de de l'écrivain et l'autorise à m'inventer.
Petite info, j'me permet jane m'appartenant un peu quand même, avec mon ouam on prononce "Djaine", un détail en passant.

wetham a dit…

c'est TOUT le temps aux autres que ca arrive ça ! BREF merci de ton commentaire, enfin un nouveau visiteur!!!

aujourd'hui, j'ai craqué : un thé et un fondant au chocolat a chacun sa tasse .... servis avec un sourire dévastateur et un rire ennivrant .... mon thé avait un léger gout d'affection et le gâteau était aromatisé au romantisme.... j'ai écoute syd matters toute la soirée ====> après le beau temps, l'orage

Querelle a dit…

LAAAAAAAAAAAAAA SUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIITTTTTTTTTTE

Henri-Pierre a dit…

Le billet, le commentaire de Querelle et ta réponse au commentaire, voilà le destin rêvé d'un écrit : se prolonger, se compléter, vivre, quoi...