vendredi 14 mars 2008

The pillow book (4)

Je me sens tellement crétin. Désarmé. Je te vois délirer, oui, délirer. Tu marmonnes tes vérités, tu m’insultes, ce que tu peux être romantique. Pourtant tu ne réussis pas à me toucher, rien. Abasourdi, je me demande si tu ne vas pas me sortir du SAC A MERDE ou du SALE PUTE, peut-être que je te rosserais, mais non tu n’en es pas là. Tu ne te sens pas encore assez seul. Tes fulgurances ne sont parfois que des enfantillages, il faut juste attendre qu’elles passent en guettant les pépites, car il y en a, qui me sont, chacune, un mystérieux plaisir. J’ignore tout de l’espérance qui était peut-être la tienne avant notre rencontre. La mienne, prosaïque, avait rapport à ma petite protubérance caverneuse, au buste barbouillé de ton blog. A mon poème, à ce que ta folie, ta beauté, pouvait lui inspirer. Surtout je me voulais aux abois parce que j’avais l’espoir, à ton contact, de me rappeler la fougue, la colère, j'avais tant à apprendre de toi ! Est-ce mon petit cœur de tafiole, est-ce toi, je vois en tes gestes saccadés, maladroits, tant d’impuissance, tant d’impuissance, qu’ils m’émeuvent. Néanmoins je suis déçu. Ta danse, nos jeux, ne sont que gesticulations. Rien de grave. Je constate que notre rencontre n’a pas bouleversé le monde. Nos existences sont absurdes et basta.
Nous écrivons pour les mêmes raisons que nous baisons. Nous cherchons à nous limiter tout autant qu’à nous répandre. Telles sont les fonctions d’une machine désirante je crois : se situer, conquérir. L’un, puis l’autre, l’un puis l’autre. Comme une respiration. A cet instant, le môme ne m’allume aucun désir. Cependant je n’arrive pas à croire en mon indifférence, est-ce que je me méfie de lui ? Est-ce son talent qui m’indispose, ou sa beauté ? Et puis enfin, car il faut bien que je l’évoque, sa ressemblance avec mon Dorian, mon amour de jeunesse, eh oui, je tourne autour du pot mais ces ressemblances, aussi bien physiques que mentales : sa voix, son aisance apparente, son passé militant lycéen… me serrent la gorge. Je n’ai plus envie de flirter avec cette passion ancienne, mes anticorps s’agitent.
Le jeune homme anticipe l’instant de notre séparation. Il va au bar, sort sa CB, paie la note. 73,30, bon score.
Je n’oublie pas que je veux écrire sur sa peau. Je crois pouvoir lui donner quelques conseils d’écriture, je lui dis juste ça. Son visage s’illumine :
« D’accord, je serais ton Ephèbe ! Mais sache qu’un jour, l’élève dépassera le maître ! »
Ah ! Ah ! Ah ! Je devrais partir dans un grand éclat de rire, à cet instant. Au lieu de cela, j’accepte son baiser et sa joue râpeuse sur ma paume me paraît si douce.
« Mais… c’est peut-être déjà fait. »
Murmuré-je.

19 commentaires:

Querelle a dit…

Ca ressemble finalement à une sorte de bras de fer cette histoire, non ?
Ca me rappelle quelque peu ma dernière rencontre, avec une configuration tout de même différente.

Cordeliers a dit…

Bon, soyons clair, quand un type qui a passé la vingtaine te dit "je serai ton éphèbe ..", il y a qu'une chose à faire, partir en courant. Mais quelque chose me dit que ton personnage ne va pas faire preuve du minimum vital de bon sens ....

Ouam-Chotte a dit…

@Querelle : Oui, un bras de fer assez puéril en faits.

@cordeliers : (dis-donc tu te rapproches) si les personnages faisaient toujours preuves de bon sens, est-ce qu'on les trouverait intéressants ?

Parilly - Université a dit…

Certes ... Ceci dit, là on a un peu l'impression d'être dans un TGV qui fonce droit dans un tas de cailloux !!!

Foch a dit…

Pilow book, c'est une référence à Greenaway ? Ca veut dire que tout va se terminer dans le sang, les viscères, et les excréments ?

croix paquet a dit…

les jeunes cons imbus n'ont aucun intérêt encore plus quand ils s'exhibent de tout leur corps sur le net, beurk.
N'empeche que c'est moi qui arriverait prem's.
jane

Croix Rousse a dit…

C'est sur, j'aurai du mal à faire mieux que Croix Paquet, quoi que ....

Bande d'enfants a dit…

@Croix-Rousse, Croix-Paquet... Bataille.

le 6 a dit…

et ouais ...je n'irai pas jusqu'à dévoiler l'arrêt, quand même faut pas déconner.
j.

Shaggoo a dit…

Un tueur de chat dans la vingtaine, colérique et équipé d'une carte bleue approvisionnée : on est en pleine perversité !
Je me suis bien gardé de ces personnages, efficaces et troublants, qui, en quelques nuits, vous tatouent la peau et vous dévastent le cœur. La réalité est souvent moins argentée et plus triste.

Lisons, donc ! :)

enaj a dit…

mon petit ouam c'est ta ptite ouat, et ben tu sais oiqu? je ne suis pas élue, ouf je suis bien contente.
Ca l'aurai foutu mal, une élue avec un fils comme toi.

Berthelot a dit…

Ben voilà, j'en étais sur ! Sous ses airs de pas y toucher, le ouam appartient à la nomenklatura lyonnaise. Et trahi par sa propre mère avec ça ....
Ceci étant dit, au fil des posts, la filiation de ouam semble de + en + obscure (au moins déjà 2 mères déclarées, si ma mémoire est bonne). Ca sent la famille recomposée ...

jane a dit…

Mais je ne suis qu'une mon cher berthelot(c'est nul , c'est la zone ce quartier dis moi).

Bron a dit…

Oui, je sais, j'ai pas vraiment fait preuve d'un esprit fulgurant sur ce coup... Ca devait être mon 1/4 d'heure benet. Sinon, pour ce qui de la remarque sur Berthelot, ça sent bien sa Bobo d'la Croix Rousse, ;-)

Baba cool are back a dit…

raté, devinette:
Je mange du picodon au petit dej et raffole des jupes en peaux de bête, bon je pue un peu mais c'est pour éloigner les moustiques.
Je te donne un indice : t'es loin du métro.

N'empêche que Berthelot c'est quand même pourri comme quartier.
Jane

Quai Claude Bernard a dit…

Du picodon ? What is it ? C'est biodégradable ?

Quand à Berthelot, bon, je reconnais, ça peut paraitre dur à défendre (surtout contre quelqu'un qui vient d'un quartier aussi touristique et commercial que la Croix Rousse, où il y a tant de services disponibles, et de possibilités d'activer sa CB),mais bon, il y a des petits troquets, des petits traiteurs italiens ou libanais sympa, un ou deux libraires indépendants, des idéalistes qui tiennent une épicerie équitable, des p'tits artisants, .... une vie de quartier quoi

Ouam-Chotte a dit…

Ben c'est ça profitez-en un peu pour papoter les filles

Rue de l'Université a dit…

Je rêve, de quoi j'me mèle ! Retournes donc bosser, fainéant !

bellecour a dit…

et ouais on t'as pas sonné ouaf ouaf, mais dis moi Quaiclaudebernard je te dis, pardon, la madame te dis qu'elle n'habite pas la croix rousse (pas encore) et oh t'es pas joueur aujourd'hui t'as pas deviné ousque j'suis.

jane