C'est ce thème, Pornographie, qui m'inspira Premier Jet et c'est à partir du texte que je vais lire vendredi à la MAPRA à Lyon que tout le reste du roman a été imaginé. L'artiste Coraline Picos exposera quelques œuvres originales et mes collègues (h)auteurs, croyez-le, n'amuseront pas la galerie. Venez donc boire un coup avec nous. jeudi 2 avril 2009
C'est Vendredi 3 avril
C'est ce thème, Pornographie, qui m'inspira Premier Jet et c'est à partir du texte que je vais lire vendredi à la MAPRA à Lyon que tout le reste du roman a été imaginé. L'artiste Coraline Picos exposera quelques œuvres originales et mes collègues (h)auteurs, croyez-le, n'amuseront pas la galerie. Venez donc boire un coup avec nous. vendredi 2 janvier 2009
Expérience
Sachez tout de même que maintenant je fais le Zouam...
jeudi 24 juillet 2008
La porte
mardi 22 juillet 2008
L'absence (3)
mercredi 16 juillet 2008
L'absence (2)
lundi 7 juillet 2008
Guignol
vendredi 27 juin 2008
L'absence (1)
vendredi 20 juin 2008
Journaliste (2)
J’aime cette situation d’observateur privilégié de l’œuvre en création. L’artiste que j’interroge essaie de me donner des clefs de compréhension, il me facilite la lecture, oui, c’est un grand privilège. Rares sont les chorégraphes, les metteurs en scène ou les auteurs qui n’ont pas d’idée sur ce qu’ils font (enfin il y a des tocards) et mon danseur n’hésite pas à se confier, avec douceur. Je regrette de ne pas voir le spectacle avant d’écrire mes deux feuillets. Quand j’ai la chance de voir le spectacle à temps, une générale ou un filage, mon boulot c’est de faire fonctionner ma machine à interprétation car je ne peux me permettre de dire tiens, c’est beau. Et puis de toute façon il n’y a rien de plus révoltant qu’un truc juste beau. In fine, une œuvre qui n’a aucune signification revendiquée promeut la pensée unique, c’est de la collaboration passive. Ce qui n’a pas de sens est ultralibéral, moraleux, voire papiste. Donc, je ne peux me satisfaire, j’interprète, je fouille, j’essaie de comprendre. Deux danseurs, s’ils ne se touchent pas, je pense que c’est parce qu’ils ont peurs (ou honte, ou autre, bien sûr, cela dépend de leur jeu) et j’essaie de déterminer quelle contrainte, sociale, politique… empêche leur rapprochement; s’ils se battent, je peux penser que c’est par amour, l’un pour l’autre ou à cause d’une belle, même (et surtout) lorsque l’argument de la pièce est, genre, une lutte de pouvoir, deux bandes rivales qui se disputent un territoire. Le spectacle vivant montre des corps, il est par nature sensuel et, par suite, sexuel. Il n’est pas que cela, certes. Mais d’une façon générale, sans pour autant proposer de définition, et si j’en crois ma propre pratique littéraire - ou ce que je perçois des discours des artistes - ce que l’art propose, c’est une expérimentation du désir. Le peintre veut une couleur, il va tenter tous les mélanges, avec acharnement, jusqu’à ce qu’il l’obtienne : on ne me fera pas croire que c’est comme une envie de pisser, ce n’est pas le besoin qui le guide, alors qu’est-ce ? L’art c’est notre désir qui fait monde. Alors je ne suis pas de ceux qui réduisent leur désir à la « chose » sexuelle, néanmoins je suis convaincu que l’on ne peut placer le sexe ou même la pornographie hors du champ de la culture et de l’art. D’ailleurs, on ne m’a jamais fait plus beau compliment que lorsque l’on m’a reproché de mettre « trop de matière » (traduire « trop de mon corps ») dans mon écriture. Premier Jet, en effet, c’est de l’encre, du sperme et (sans dévoiler la fin) du sang.
Mon danseur, je ne l’ai jamais vu sur scène, mais je me passionne pour son travail, je me dis voilà un homme. Je suis prêt à parier sur lui, mon papier sera un des meilleurs depuis longtemps, j’en suis sûr. Mes seuls articles valables, à vrai dire, sont des lettres d’amour.
« Il paraît quand le papier ?
- Le jour de la première, c’est mercredi ?
- Oui.
- Alors mercredi »
jeudi 19 juin 2008
Journaliste (1)
Bon c’est vrai que les Théâtres du Peuple et autres Centres Culturels, égarés, semés ici ou là parmi les banlieues rouges, défrichent souvent la création contemporaine, découvrent les nouveaux talents et font venir un public parfois assez surprenant, bariolé, et même des lyonnais. Mais qu’est-ce que cela peut me faire, hein. La banlieue c’est un trou, et je ne prends pas un pied énorme à me transporter en commun. Ce n’est pas que je sois de mauvaise humeur, mais il flotte. Soudain, un journaliste sans scrupule se pointe. De connivence avec l’artiste, lui-même saltimbanque et donc, par définition, de passage, il se tire, mets les bouts, s’arrache, bref, repart aussitôt d’où il était venu. Nous l’apprendrons, la responsable de la communication de ce Théâtre excentré a subi une panne de voiture en quittant son domicile croix-roussien, ce qui explique les portes fermées. Après avoir tourné un moment avec sa bagnole défoncée, nous voilà avec mon danseur dans un café du 1er Arrondissement de la capitale des Gaules. Oui, à Lyon, d’ailleurs soyons précis, à la Croix Rousse. Le client - oui, le professionnel appelle ainsi la personne qu'il interroge, c'est un hasard - est timide, bien que n’éprouvant aucune difficulté à parler. L’empathie marche à plein et son discours à la fois nu et pensé, nuancé, ambitieux, m’inspire. Il est sincère, cohérent, explique sa démarche grâce à des citations de ses confrères, de bouquins, de films de cinéma... Et puis il évoque des épisodes de sa vie personnelle, une séparation, l'incompréhension de ses parents... Si bien que je me fais l’effet d’être un voyeur, un de ceux qui veillent dans les livres de Dennis Cooper. Le tueur s’introduit dans les jardins d’une suburb (type Long Island dans L.I.E. de Mickaël Cuesta) et se régale d’un adolescent qui se dépiaute derrière un bow-window. Ou bien il s’émeut du même môme qui se branle en soupirant avant de se coucher… Ou encore c’est un autre gamin qui s’écœure en matant un jeunot qui défèque dans la bouche d’un vieux… Non, pas à se point, qu’est-ce qui me prend, je débloque trop, je vais vomir. N’empêche, sans aller jusque là, je me sens gêné, impressionné, coupable. Honteux de n’être qu’un témoin, de n’avoir aucun rôle, c’est bien mon mal, je suis toujours à côté de la vie, jamais dedans. Pardon, je n’ai rien vu, je m’en vais, je vous laisse tranquille, excusez-moi, je ne voulais pas... Pourtant, j’éprouve aussi le sentiment, contradictoire, d’être invité à vivre des aventures inédites, sensuelles, intimes, en compagnie de ce jeune homme à l’allure triste et l’insondable grâce.
lundi 16 juin 2008
Danseur
En haut des marches du Théâtre du Peuple, vaillant temple de la banlieue lyonnaise, m’attend l’artiste que je dois interroger. Ma danseuse du jour, un garçon de mon âge ou à peu près. Okay, plus jeune. Et pas trop respectueux, je trouve, Eho est-ce que j’ai une gueule de journaliste ? De province ? Car il me reconnaît aussitôt. Pour cet accès de lucidité, cette insolence, je m’apprête à le détester.
« C’est vous Ouam ? »
Sa démarche est nonchalante, il vient à ma rencontre avec son visage ennuyé, décoré néanmoins d’un sourire qui lui lève juste un coin de la bouche. Il me salue d’une poignée franche et je remarque à l’instant sa beauté blême, ses épaules un peu tombées. Ses vêtements sans grâce, râpés, laissent deviner un corps vigoureux et mince. Il est danseur. Son regard est percé.
« Je ne comprends pas, il n’y a personne, le Théâtre est fermé. On va où ? »
Demande-t-il et je suis tenté de dire chez toi ? Je me remémore le dossier de presse de la pièce dont il doit m’entretenir. Je l’ai parcouru ce matin, j’ai subodoré le sujet de l’homosexualité ou, au moins l’homosexualité du sujet. Pas ce qui s’appelle rarissime, je dois dire. C’est une question de rédaction, d’accent mis sur la plastique des danseurs, le rapprochement des corps, les frôlements, brrrr, il m’excite, ce mec. Je le mate du coin de l’œil et j’éprouve même quelque difficulté à m’en détacher pendant qu’il me guide vers son automobile. Nous avons décidé de trouver un café et le Théâtre du Peuple est plutôt situé dans un désert, de ce point de vue. Beaucoup d’habitations, aucun commerce. Je jette comme chaque fois un œil admiratif sur ces architectures tellement décriées. Elles sont coupantes, comme classées, rangées. Défraîchies, cassées. A peine adoucies par des bosquets de Troènes qui s’avachissent sur la gale des pelouses. Nous pressons le pas, l’orage s’éclate bien, pas nous. C’est à la seconde où je vais ouvrir la portière de la Simca 1000 que j’entends :
« ENCULE SADIQUE ! »
Parole, il me poursuit. Je me retourne, comme pris en flagrant délit, je m’attends à apercevoir sa tête ravinée, sa barbe folle et ses deux globes de fer fondu. Son doigt accusateur.
« MACHO PEDOPHILE ! »
Je cherche alentours et sous cette fichue pluie, il n’y a personne.
« Vous… Vous avez entendu ? »
Je tends l’oreille.
« Euh non. Rien. Personne. »
Le danseur me tient sous son pâle halo, je suis sidéré par cette impression qu’il donne de maîtriser l’espace autour de lui, alors que ses gestes sont si las. Un coup d’œil sur le Théâtre qui s’évapore dans la lunette arrière. Ce n’est pas du jeu, oh. Si je ne suis pas adepte des backrooms ou des saunas, ce n’est pas pour sauter sur tout ce qui bouge au boulot ou dans la rue. Je ne suis qu’une pauvre âme piteuse prête à tomber amoureuse tout de suite là maintenant. De ce garçon dont les jolis traits tirés, fatigués, éloignent les ombres. J’en aurais presque des pulsions violentes de libération. Il me tient.
vendredi 13 juin 2008
Bus
En ce printemps pluvieux s’épanouit la fleur comburante. Mes sublimes Van’s bleues électriques donnent des signes de fatigue, elles pompent l’eau des flaques avec un chuintement qui manque de classe. Dernière sortie pour elles, j’en ai peur. Les trottoirs luisant sont déserts, je traîne les lambeaux blancs de mes jean’s et ma musique jusqu’à l’arrêt de bus Opéra. Non, je ne me balade pas avec du plastique dans les oreilles, je chante. Je chante, je pense à toi. J'ânonne des airs improvisés. Je ne saurais autrement te susurrer ces mots d’amour, irradiants, piquants, puissants, qui me sont autant de shoots violents et des appels, y’a quelqu’un ? Eh y'a quelqu'un ? C’est presque comique, je connais des gens qui croient qu’il y a « toujours quelqu’un », une sorte de foi que je n’ai pas, pourtant je ne peux m’empêcher de chercher à sentir ta présence, non loin, ton sourire, ta confiance. Dans les transports en communs, je croise la stupeur magnifique d’une petite troupe d’adolescentes, un homme à la grâce involontaire qui les toise, la touchante fatigue d’une vieille dame qui, peureuse, se détourne. Tandis que je m’éloigne du centre de Lyon, avachit sur un siège, le paysage s’abîme, s’effrite et la vitre du bus, striée de vergetures translucides, me glace le front. L’orage s’énerve, je me sens bien au milieu de ce maelström hypnotique, je chantonne, je dois faire l’effet d’un fou à mes quelques compagnons de voyage mais qu’importe. Et si l’un d’eux, lui, le garçon, venait à me reconnaître, à aimer le petit air récurrent qui s’installe autour de moi ? Il se poserait, précautionneux, sur le siège libre, pour m’écouter. Je chante pour lui. Ou bien pour ce petit garçon qui n’a pas peur de s’étonner, de l’autre côté de la vitre, nous nous regardons un instant. Il courrait en riant, il s’arrête, le temps de ce curieux échange. Combien de fois ai-je ainsi rencontré un peu plus que le regard d’un môme, tiens, le sourire me gagne. J’aime apercevoir ainsi, par exemple sous la pluie, au coin d’une rue ou d’un jardin, ces petits animaux de désirs. Je me souviens le feu sous la peau, sous les sourcils et la tignasse brune, dans le K-Way froissé, dans les bottines. Je le sais, seul en moi le sentiment de toi saurait imiter ce juvénile embrasement. Encore quelques arrêts.
mercredi 11 juin 2008
Pénétration
mardi 10 juin 2008
Ce qui me tourmente
Bisous. Ce message unique tombe sur moi, il émane de l’oiseau blanc. Bisous. Depuis deux semaines il reprend contact, il insiste. Un petit mot, chaque jour. Bisous. Avant de se coucher.
Il aurait le droit de m’en prodiguer autant qu’il veut, des bisous. Je me laisserais chavirer entre ses doux bras blêmes, je me laisserais lécher le visage, le gland, les aisselles.
Sauf que je doute un peu de mon plaisir. Car ce beau spécimen, dont je tâterais volontiers une fois encore le fessier ferme et rond, suce comme une fille, quoique goulûment, et baise comme une cuillère. Nos baisers ne furent à aucun moment cette espèce de faim, d’aspiration de l’autre, d’appropriation de fluide vital : il existe des garçons qui se nourrissent du plaisir de l’autre, mais jusqu’à le vampiriser, à le digérer, l’impression qu’ils se goinfrent et il faut se défendre, muscler le propos… Avec lui il y eut les baisers adolescents, maladroits, nuls, on m’a dit qu’il fallait mettre la langue et tourner, tourner; et les pâmoisons, les jonctions momentanées, les muettes prières résonnant sous les poitrails sans souffle. Mon bel amour, mon bel amour. S’il avait su m’offrir sa peau tendue par l’effort et la jouissance, si j’avais pu en traces rubescentes y dessiner les runes qui m’obsèdent, mon poème, ma lettre d’amour, l’aurais-je écrite pour lui ? Mon ardente faconde abrite en sa chapelle de nombreux corps tordus, ceux de tant de garçons, d’oiseaux lyre, gris comme des romans à composer, coulant comme des cierges sur l’autel de mon désir… Je ne trouve aucun repos. J’aurais voulu proposer en rituel à mon amant la plus infernal monté de plaisir, ah… Mon amant, mon amant n’a pas de chair. Un rêve enfanté par des bombes et lancé sur mon livre. Un rêve qui me trouble, il faut me croire, la surface sombre de ma lettre s’en trouve affectée d’exquis et infinis rebonds. Je me sens impuissant. Play with me, sweet Cody Lockheart. Je me caresse avec l’espoir de me débarrasser de mon désir d’étreinte, de ces baisers qui sont en moi et ne s’en libèrent pas. Sors de mon corps, sors de mon corps, ô démon. Mais je n’éjacule pas parce que je suis comme une petite salope qui se préparerait pour le coïte. Je dois me préserver pour mon amant. Ce mot qui me cueille chaque soir m’assèche. Le monde est virtuel. Je ne trouve aucun repos.
jeudi 29 mai 2008
Je suis un écrivain
Je dessine sur les restes lacérés de La Littérature à l’estomac. De longues balafres, au stylo rouge, pour qu’elles aient l’air sanguinolent. Des croix, des courbes qui ont l’aspect juste dentelé des déchirures. Des motifs géométriques. Des plaies. Je pense, je trace une géographie. Je caresse du doigt la coupure inégale, tâtant de la chair en souffrance d’une page gorgée de rouge. Des lignes, des frontières où je patauge, je m’y tiens comme en équilibre. Ne pas tomber dans le trou, ne pas ripper sur le pus, ne pas tomber dedans le corps. Je sais bien que l’objet démantibulé, éparpillé, parcouru de signes noirs, était un livre. Cela me maintient dans un malaise, une frénésie interne, je m’affole et j’en jouis. En détruisant ce livre jaune, en le gribouillant, puis, tiens, si j’en balançais des morceaux à travers la chambre, on dirait une pluie de billets de banque, et si j’en mâchais une feuille, si je l’avalais ? Je me venge de toute cette clique fermée clic-clac à double tour et qui publie toute l’année toute cette merde (mais pas seulement) et qui ne s’aperçoit même pas de mon existence, je la conchie cette clique qu’un Julien Gracq honnissait tant, lui qui semble être devenu, par la grâce de ses adverbes, de son culot et peut-être de sa mort, une référence à l’égale des Proust, Flaubert... Et ce faisant, j’exprime la fleur de mon désir. J’écris.
mardi 27 mai 2008
Je n'ai pas lu Gracq
mercredi 21 mai 2008
Essence
jeudi 15 mai 2008
Etranger (2)
Pas souvenir d’avoir tant bu pourtant. En pleine nuit je me réveille avec la sensation angoissante de ne pas être seul. J’ai mal à la tête, je suis chez moi, il fait nuit et surtout j’ai trop chaud. Je réfrène à toute force mon instinct idiot qui commande de me lever et de faire le tour de l’appartement. Je calcule que je possède un grand couteau et je me dis qu’il serait plus prudent, la prochaine fois, de le ranger sous mon lit. Imagine quelqu’un qui se saisi de mon couteau, dans la cuisine, après je suis démuni contre lui. S’il m’attaque. Je ne respire plus, je ne bouge pas, histoire de percevoir le souffle retenu de l’ombre qui s’est glissée chez moi. Et je ne l’entends pas. Ce que je peux être couillon, un vrai môme. Je sais bien que je suis seul. C’est même là mon plus grand drame. La tête me brûle, c’est pour ça que mon cœur bat, qu’il s’emballe, c’est pour ma tête, c’est mon circuit de refroidissement qui se met en branle. Comme quand j’ai trop bu, j’ai sans doute un peu trop bu hier soir. Je n’étais pas parti pour une cuite, puis voilà, j’ai croisé l’oiseau en bas des pentes de la Croix Rousse, il se traînait, piétinait ses plumes blanches dans la poussière, cet ange. Marrant ça (hein, Kooz), que le désir, démoniaque instrument de nos rapports au monde puisse ainsi désigner, en un parfait étranger, un autre que nous, au tournant d’une rue, à la terrasse d’un café, celle ou celui qui sera l’ange, la créature divine, le sujet de nos fantasmes et de notre poème. L’oiseau blanc était un peu triste, je crois, ses tendresses m’allaient droit au cœur. J’ai dû boire beaucoup sans m’en rendre compte et cette nuit je me réveille comme d’un cauchemar. L’autre côté de l’oreiller est plus frais, il soulage un instant ma boîte crânienne, ma cervelle, mes organes, décidément, prennent trop de place et sous la chaleur estivale ma peau, mes os ont du mal à me contenir. L’ombre qui me tourmente est mutique et immobile dès que je tends l’oreille. Maintenant je dois retrouver le sommeil. L’ombre qui me terrifie, pauvre fou, c’est la mienne.
vendredi 9 mai 2008
Etranger (1)
Jamais je n’aurais cru un jour écrire une telle ineptie : ah que ça fait du bien de bosser. Voilà, c’est fait. Je sais depuis longtemps que l’action sert à oublier qu’on ne peut rien et l’oubli, en ce moment, c’est juste ce dont j’ai le plus besoin. A trop me regarder le nombril, je louche inévitablement vers ma petite protubérance caverneuse et oui, se mater le zizi n’est pas toujours signe de bonne santé. En plus, si l’on songe à l’image, cela m’oblige à courber l’échine, symbole de ma misère. Je devrais peut-être me le zigouiller, des fois, me le guillotiner en espérant qu’il ne repousse pas tout de suite. Le boulot. J’ai un contact sympathique avec une jeune femme à l’Hôtel de Police qui me donne plein de petits détails croustillants concernant les accidents de la route ou les petites vieilles qui pourrissent dans leur HLM. On rigole bien. Le patron du coup me laisse appeler, il me prête son téléphone et donc je me pointe dans son bureau tous les matins. La rédaction commence à s’habituer à moi, j’ai droit à un sourire de temps en temps et je participe souvent à la conférence de rédaction. Debout, près de la porte, en compagnie des stagiaires et de deux ou trois collègues pigistes, j’ai une vision de toute cette clique de branleurs. Enfin, je dis branleurs, je suis impressionné par deux journalistes assez pugnaces, jamais à court de sujet, dont je crois percevoir la grande culture, capables, l’un et l’autre, d’écrire des phrases correctes. Pas des rigolos quoi, et je dois ajouter qu’ils agacent et qu’ils tranchent au sein de ce ramassis de flèches. On ne soulignera jamais assez la fatuité du journaliste et son absence totale d’idée. Le métier est loin de la littérature, un journaliste peut exercer sans jamais lire un bouquin, il se nourrit de dossiers de presse et de discussions, écrit à minima, style scolaire, en faisant attention à ne surtout pas employer de mots « difficiles ». Celui qui croit, en lisant son journal, qu’on le prend pour un enfant ou pour un crétin, ce qui est souvent la même chose, a bien raison, cela fait même partie de la formation. Moi je me considère de passage, pas concerné. A côté. Cela m’aide beaucoup à continuer, de penser que je ne suis pas l’un d’eux. Ce sentiment rassurant d’être l’étranger me permet de bâcler mes papiers l'esprit tranquille et, donc, de leur ressembler suffisamment pour faire bonne figure. A la limite, on est tous des étrangers, ici. Qu'ils aillent tous se faire voir.
lundi 5 mai 2008
Comme un dimanche
Ma journée. Raconter ma journée. Je ne suis pas dans un super état. Fini une bouteille de Glenfiddish alors que je ne suis pas fan du Glenfiddich. Avec Jane, hier soir, dans sa nouvelle maison. Pendant que ses mômes ronflaient on s’est torché. Puis aujourd’hui je coule. Fatigué toute la journée, infoutu de réagir. Je dors un peu, pas assez. Je ne sors pas, j’ai envie pourtant, j’essaie de trouver une raison valable de sortir. Dimanche. A la limite je pourrais me promener, ce n’est pas une mauvaise justification la promenade mais j’ai peur de rencontrer du monde. Je n’ai rien à dire à personne, en faits, je me sens mal à l’aise à côté des gens, pas tout à fait avec eux et mon cerveau ne répond pas comme je voudrais, oui, c’est ça le problème, il ne répond pas assez vite. Si au moins je trouvais les ressources nécessaires pour m’éclater seul dans mon coin, mais non, je m’ennuie. Par ma fenêtre ouverte j’entends les oiseaux s’égosiller ce matin et c’est tout ce qui est audible. A part une porte qui claque, elle fait trembler l’immeuble un quart de seconde. J’attends, immobile, aux aguets. Je repère deux ou trois autres bruitages signifiants l’activité urbaine, un moteur de bagnole par exemple, ou un transistor lointain. Mon appartement donne sur la cours d’où me parviennent parfois les passables premiers pas d’une trompette, le son vaporeux, gymnopédique, d’un piano parfait ou les grincements enjoués d’une radio périphérique. Délice hors d’âge que cette atmosphère estivale, un dimanche matin. Délice auquel je me prépare, j’en espère un petit témoignage de vie humaine, mais ce n’est pas encore l’été, un coup d’œil me confirme que je suis le seul à ouvrir mes fenêtres en grand. Sont-ce les martinets qui hurlent ainsi de concert ? Le soleil. Je me souviens de ce voisin schizo dont je suis aujourd’hui débarrassé. Il saluait le soleil tous les matins en lui hurlant ses pires insultes : PEDE, ENCULE… Ce qui me rassure, c’est que je n’en suis pas encore à cette extrémité. D’abord j’aime le soleil et en plus je suis presque potable quand je suis bronzé, presque. Après, la journée n’est pas toujours bien facile à vivre, enfin surtout quand je n’ai rien à faire, comme aujourd’hui. Peut-être qu’un jour je me retournerais contre ce SALOPARD qui vient me NARGUER tous les matins. Je suis sûr qu’il ramène sa fraise juste pour me rappeler que je ne suis qu’une BOUSE qui ne sait pas quoi faire de sa pauvre inexistence de BOUSE MOCHE ET MOLLE. Le temps me paraît long et aussi je ne veux surtout pas qu’il me file entre les doigts, du temps, c’est tout mon bien, je n’ai que ça. Soudain c’est le soir, Jane m’appelle, euh ça va. Je dis okay, je viens discuter le bout de gras dans ton jardin sale bourgeoise. Et je n’y vais pas.
vendredi 2 mai 2008
Tu me fuis
Plus doux que moi, tu ne te rends pas compte. Moi qui ne suis capable de rien. Petit retour introspectif. Catharsis écrite ici sans gant. Petit gars crotté sur le bord d’un trottoir humant la vie des autres, j’étais déjà seul et unique. Unique. Je cherchais. Cherchais. Des yeux. Je tâtonnais alentour. Un homme. Je n’ai jamais fait que cela. Chercher un homme. La main amie, le souffle amène, la peau molle et tiède, la chair ferme et délicieuse comme un beefsteak le vendredi. Je portais mon père jusqu’aux gogues, je portais tant de gens. J’étais alors adolescent, je restais vautré devant une télévision couleur ou bien rougissant d’excitation et de honte devant un minitel super pink, je désire les garçons à tel point qu’il faut que je me soulage et, ensuite, je ne les désire plus, est-ce que je suis pédé ? Mon père est mort d’un cancer, il dysfonctionnait de jour en jour, je le veillais toute la journée. Il appelait, j'étais le seul à pouvoir le porter jusqu'aux double vécés. Je peux porter les hommes et les femmes qui aiment à se tenir droits. Pour aller aux chiottes, hein, parce que, au final, marcher. Nous barbotons dans notre propre fange, que laisse-t-on derrière soit, quelle trace ? Les humains n’abandonnent derrière eux, comme sortant du cul d’un canard mécanique du sieur Vaucanson, que leurs excréments. Ils en lâchent même tellement qu’ils se font rattraper, très vite ils marchent dedans. Rousseau a écrit que les français n’aimaient pas manger, parce que sinon ils ne mettraient pas si longtemps à préparer des mets qu’ils avalent aussi vite. Il pourrait y avoir une autre hypothèse. Peut-être qu’un français c’est assez débile pour croire qu’un mille-feuilles de foie gras au pain d’épice avec des pommes caramélisé, accompagné d’un Sauternes cuivré, un Château d’Yquem aller, il ne peut en ressortir, au bout du bout, que de l’or ? Une question de point de vue, à tout le moins. L’image est audacieuse, mais c’est ce que je voudrais être pour ceux que j’aime : ce délice, cette douceur et même, soyons fou, ce raffinement. Plus doux que moi. Après le baccalauréat, j’ai été incapable d’obtenir le moindre diplôme, j’ai des goûts de chiotte alors je ne peux même pas faire ma pédale spécialiste en décoration d’intérieure, en faits je ne sais rien faire de mes dix doigts si ce n’est tenir un stylo et autres objets oblongs. Je lis un peu plus que la moyenne, ce n’est pas bien dur, j’écris tous les jours et ça c’est dur. Je constate ma propre vacuité, rien n’existe en deçà de notre rencontre. Attention, à force de lister mes insuffisances, dans les secondes qui viennent je vais être au fond du trou. Je suis seul, le monde est vide. Je sors ma lanterne. Je cherche un homme.
