jeudi 20 décembre 2007

Jane

Un trou de mémoire. La nuit est un trou de mémoire. Je me réveille avec une tronche, j’ai l’impression qu’elle rapetisse. Au-dessus de la couette il fait un froid pas admissible, et je suis sûr que mes grille-pains sont à fond depuis hier. Je me chauffe avec des radiateurs aussi petits que des machins pour les toasts. Chers en électricité. Et qui assèchent l’atmosphère, ce qui n’est pas du luxe dans cet appartement qui sent assez vite la pourriture, mais pour l'instant ça n’améliore pas mon état de déshydratation avancée… merde, est-ce que je n’avais pas un rendez-vous à 10 ou 11 heures, je ne m’en rappelle pas. Quelle heure… ? Putain midi, je m’en fous de mes rendez-vous, je les ai loupé de toutes façons. Mission Advil, Citrate, verre d’eau, vite, les pieds nus sur le carrelage, et couette.

Le téléphone. C’est le téléphone qui m’a réveillé. Qui donc a pu me faire ça ? Je n’ai pas trop la force de vérifier mon intuition. Tout mon corps réclame du repos, mes tempes battent, mon coeur s’emballe et je préfère me réfugier le nez dans l’oreiller. Si c’est Jane qui appelait tout à l’heure, cent balles qu’elle remet ça dans la demi-heure, je devrais le débrancher ce fichu téléphone.

Bon, c’était Jane. On devait manger ensemble à midi et elle est d’accord pour repousser. Enfin j’ai juste une heure pour me laver, m’habiller. Me remettre. Rendez-vous sur le plateau de la Croix-Rousse à 13h10 :

« Après ils ne servent plus t’as intérêt de ne pas me faire poireauter ! »

Elle fait sonner mon portable à 13 h, puis à 13 h 05 et s’apprête à le faire une fois encore quand à et 10 pétante je débarque dans le resto. J’ai une mine à faire peur, ce qui lui arrache un sourire sardonique. Au contraire elle est pimpante au comptoir, son clope empanaché de bleu au bout des doigts, assise, que dis-je, juchée sur un haut tabouret, croisant les jambes et montrant fièrement…

« Des nouvelles bottes de cow-boy » lui dis-je en guise de bonjour et, en effet, la jeune femme n’est pas peu fière de ses nouvelles chaussures qui lui couvrent les mollets, jusqu’aux genoux, d’une fine croûte de cuir. Ses lèvres à la pulpe à peine craquelée, ses yeux en olive éclatant de malice au beau milieu de sa belle bouille ronde et blanche et les ridelles précieuses de son petit nez disent assez bien sa joie de l’instant. Elle attend le compliment et le déguste par avance.

« Joli vert, élégant, pas tape à l’œil, bravo ma chérie, belle trouvaille.

– Devine combien ? »

Je comprends son acharnement à me voir maintenant tout de suite bon d’accord dans une heure mais pas plus tard aller dépêche. Fallait que je lui dise que j’aime ses longues bottes vertes, à talons. Et que je la félicite pour son sens des affaires.

Ah, les femmes.

2 commentaires:

j.Beurkin a dit…

j'me sens comme une star...
Mais je sens le retour de batons demain. Sur que je risque d'avoir l'air...

T'as quand même de la chance d'avoir des copains qui s'identifient a ce point a tes personnages.

Anonyme a dit…

salut!
Merci pour le mot, je vais continuer;
j'ai lu que tu aimais Beckett, je ne l'ai jamais lu lequel me conseille tu? Moi aussi j'adore Giono, surtout "un roi sans divertissement". Et si tu aimes giono, tu aimereras Bernanos, il a une puissance dans l'écriture, quelque chose de lent et douloureux. Donc lit vraiment "le journal d'un curé de campagne".