dimanche 30 décembre 2007

Rencontre d'un troisième type

J’ai deux ou trois coups de fil, des rendez-vous à prendre, ma routine, mais ce matin je n’en ferais rien. Trop difficile. Je ne ramasse pas le lait enfui de la casserole, il brûlera demain sur la surface blanchâtre de la cuisinière - que j’aurais alors le plus grand mal à restaurer. Je renverse une goutte de café au lait sur mon plancher, je dois me rappeler de ne pas marcher dessus. Clavier sur mes cuisses rondes, pieds nus sur le bureau, je voudrais bander un bon coup, ça me soulagerait peut-être de cette envie de rien. Je ne veux rien bouffer, je ne veux pas jouir, je veux bander. Je me promène dans mes fichiers, en faits les images de mecs à poil m’emmerdent, elles ne sont que des ombres, il me faut quelqu’un, une rencontre, un vrai être humain. Est-ce que j’ai un message sur le site de rencontre gay et lesbien ? Pas de message, tant pis, je vais rêver un peu sur les bouilles et les torses qui s’exhibent sur le dial. Un ou deux bogosses, bon, quand on voit ce qu’on voit, je vais me couler un café. Je me traîne jusqu’à la machine et cela me donne l’occasion de regarder un peu plus longtemps par la fenêtre, il fait gris et le voisin d’en face balade son gras, son caleçon long fatigué, ses lunettes marronnasses dans son décors des seventies, pas vraiment fashion, hein, non, pas rénové depuis. Ce bonhomme sent le moisi d’ici, il est la raison qui m’empêche d’ouvrir les rideaux de ma chambre et d’ailleurs je vérifie maintenant qu’ils sont bien soudés. Ah, tiens, un bref slt d’un gars qui semble avoir une belle tête. Je regarde son profil, 30 ans, 1m75, 65kg, brun, yeux verts, tatouage ah ouais ? Tatoué le mec. Célibataire, encore heureux. Slt. Il habite dans un bled pas loin et il est banquier. Son pseudo est bizarre : jmlépoil. Il est marrant ton pseudo j'écris, et lui me répond derechef :

Je lit dans ton profil que tu ai poilu

Ouais ouais

J’adore les poile

Je m’en doutais

Commen ta su

Ben ton pseudo

Oki

Lol

Ten a beaucoup des poile

Euh ouais

partout ?

Partout

j‘adore

moi moyen je t’avoue

encore un qui s’aime pa

bvoui

hin ?

oui, lol, encore un

encore un koi ?

Laisse tomber

Tes poile sa me fai bander

Tu bandes ?

J’ai envie te bouffé les poiles desous les bras je veu te lécher partout et bouffé tes poiles de ton trou du cul et tu véra je sui ta chienne tu pourra m’enculer comme ta pute et sache ke je sui la suseuse la plus salope ke té rencontré

Hem comme j’avais du boulot, je me suis cassé du dial, le gars je ne l’ai pas jeté, un ciao poli, excuses mignonne, j’ai du taffe. Mais quand même, jobard ou pas, le fait de savoir qu’il y avait un garçon, plutôt bien foutu, derrière cette logorrhée qui me disait j’ai envie de toi, j’en étais ému. Rien que de m’imaginer franchir le pas, lui donner rendez-vous, aller chez lui, le cartonner comme il demande, ça me va pour aujourd'hui. Un désir un peu sale mais dont je sais pouvoir me débarrasser facile. D’un jet de plume…

2 commentaires:

Anonyme a dit…

putain -poil au sein- ca c'est du banquier -poil au nez-

mefies toi c'est peut etre une portugaise.

Henri-Pierre a dit…

J'ai du mal à commenter intelligent après la délicate intervention d'Anonyme, mais bon, j'essaie quand même de te dire que ton jet de plume qui transmute le trivial en vibration de l'âme est une vraie baguette magique (sans sous-entendu oiseux puisque je ne suis pas anonyme)